L'accidentologie des deux-roues motorisés en 2008 à la Réunion

Pour la 1ère fois en 2008, l'antenne locale de la F.F.M.C. (Fédération Française des Motards en Colère) a mis en place un suivi de l'accidentologie sur les routes de la Réunion, avec pour objectif d'obtenir des statistiques précises sur l'accidentologie des deux-roues à moteur (2RM).
En effet, les rapports officiels sur l'accidentologie dans notre île ne sont guère détaillés en ce qui concerne les 2RM. De ce fait, la part réelle des 2RM dans les accidents n'a jamais été étudiée de façon très claire et les conclusions énoncées sur la dangerosité des 2RM proviennent plus souvent d'idées reçues que de données objectives.


Par ailleurs, la F.F.M.C. 974 a également tenu à différencier les accidents mettant en cause les cyclomoteurs (- de 50 cm3) et les motos (- de 125 cm³ et + de 125 cm³), afin de savoir si les comportements des uns et des autres sont comparables.
125 accidents de la circulation, dont 54 mortels, ont ainsi été répertoriés et étudiés pour l'année 2008.

Source des chiffres d'accidentologie 2007 cités dans ce document :
Trafics & Accidentologie - Bilan 2007, publié par l'Observatoire Départemental de Sécurité Routière (D.D.E. Réunion)

 

Les accidents mortels

Selon nos relevés, 54 personnes ont trouvé la mort sur les routes de l'île en 2008. C'est nettement moins qu'en 2007 (72 décès sur les routes) et correspond à une baisse de 25% du nombre global des tués.

On pourra s'étonner que les chiffres de la Préfecture ne dénombrent que 50 décès pour 2008 (51 avec le décès d'un jeune cyclomotoriste accidenté le 31 décembre et décédé depuis). Cette différence de chiffres provient de méthodes de comptage différentes, notre étude nous ayant ainsi permis de mettre en lumière quelques spécificités souvent inconnues du grand public dans les chiffres officiels. Par exemple, il faut savoir que l'automobiliste tué le 9 janvier 2008 par une chute de pierre sur la route du littoral n'est pas comptabilisé dans les statistiques officielles (l'accident est considéré comme provenant d'une cause extérieure et non pas comme un "accident de la route"). Nous en avons pour notre part tenu compte en le classant comme un accident de la route avec une cause externe.

La répartition par catégories des personnes décédées sur les routes réunionnaises en 2008 est la suivante :

Répartition des tués en 2008

On constate la part prépondérante des automobilistes (17 tués, soit 31,5% [contre 20 décès soit 28% en 2007, chiffres DDE]) et des piétons (15 décès, soit 27,8% [contre 12 tués, soit 17% en 2007]) dans les tués sur nos routes en 2008.
Les conducteurs de 2RM représentent quant à eux respectivement 10 décès, soit 18,5% pour les motos (16 tués soit 22% en 2007) et 5 décès, soit 9,3% pour les cyclos (18 tués soit 25% en 2007). La part globale des morts en 2RM est donc en baisse entre 2007 et 2008, surtout en cyclos.
A noter que comme en 2007, 6 cyclistes ont perdu la vie sur les routes, ce qui représente une hausse en proportion (11% en 2008 contre 8% en 2007).

 

Accidents 2RM : répartition par type

Sur 90 2RM impliqués en 2008 dans des accidents de la route, la répartition par type est la suivante :

Répartition par cylindrée en 2008

Il apparaît très nettement que la majorité des 2RM impliqués dans les accidents de la route sont des moins de 50 cm³, engins se conduisant sans permis : 49% des 2RM impliqués, soit près de la moitié des cas. D'où l'importance de bien faire la distinction entre cyclos et motos.

 

Accidents 2RM : motards et cyclomotoristes sont-ils bien protégés ?

Le port du casque est un élément primordial de protection lorsque l'on circule en 2RM. Les accidentés de 2008 étaient-ils correctement protégés ?

Port du casque par les cyclomotoristes

Port du casque par les motards

La comparaison entre les deux graphiques ci-dessus montre une énorme différence de comportement : alors qu'un seul des 50 motards accidentés en 2008 roulait sans casque (2% des cas), ils sont 19 cyclomotoristes sur 59 à avoir eu un accident alors qu'ils circulaient sans casque, soit près de 1/3 des cas. Une preuve supplémentaire que les comportements des motards et des cyclomotoristes ne sont guère comparables.

 

Accidents 2RM : n'ont-ils que ce qu'ils méritent ?

Les études sur l'accidentologie 2RM (rapport MAIDS ou étude AXA France, publiés en 2004) montrent que les motards impliqués dans une collision avec un autre véhicule sont responsables de l'accident dans environ 30% des cas et non-responsables dans 70% des cas. Qu'en est-il à la Réunion ?

A/ Les motos

Sur les 50 motards victimes d'accidents en 2008, 13 (soit 26% du total) l'ont été dans des accidents où la moto était seule en cause. Sur les 37 motards restants, donc impliqués dans une collision avec un tiers, la répartition des responsabilités est la suivante :

Responsabilité des motards

Les motards sont responsables (totalement ou partiellement) seulement dans 27% des accidents avec un tiers.

B/ Les cyclos

Sur les 59 cyclomotoristes victimes d'accidents en 2008, 19 (soit 32% du total) l'ont été dans des accidents où le cyclo était seul en cause. Sur les 40 cyclomotoristes restants, impliqués donc dans une collision avec un tiers, la répartition des responsabilités est la suivante :

Responsabilité des cyclomotoristes

Les cyclomotoristes sont responsables (totalement ou partiellement) de près de 2/3 des accidents avec un tiers. Un chiffre là encore très différent de celui des motards !

 
Accidents 2RM : et les circonstances aggravantes ?

L'alcool est régulièrement mis en cause dans les accidents de la route à la Réunion, de même que la vitesse excessive. Qu'en est-il exactement pour les 2RM ? Et quelle est la dangerosité de l'infrastructure routière ?

A/ L'alcool

Là encore, il convient de différencier les motards et les cyclomotoristes :

Alcoolisme et cyclos

Alcoolisme et motos

La présence d'alcool est avérée dans 13 accidents de cyclo sur 43, soit 30% des cas.
Pour les motos, ce chiffre est de 2 pour 46 accidents, soit un peu plus de 4% des cas.

B/ La vitesse excessive

Il est souvent reproché aux motards de "rouler trop vite". Les chiffres montrent qu'une vitesse excessive peut être retenue dans 5 accidents de moto sur 46, soit moins de 11% des cas. Un chiffre inférieur à celui de l'ensemble des usagers de la route, qui tourne autour de 15%.

Motos et vitesse excessive

Les cyclos, qui sont par construction limités en vitesse maximale, ne présentent pas de statistiques significatives en ce domaine.

C/ L'infrastructure

La F.F.M.C. mène depuis plusieurs années une chasse aux points noirs routiers, particulièrement dangereux pour les 2RM. Lutte justifiée, car en 2008, l'infrastructure a été une cause aggravante dans 6 accidents de moto sur 46 (13% des cas), soit plus que la vitesse !

Motos - Infrastructure en cause

Le constat est encore plus alarmant si l'on se cantonne aux accidents mortels : dans 1/3 des accidents mortels (3 cas sur 10), l'infrastructure inadaptée a été un élément aggravant, possiblement déterminant dans le décès du motard.